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Santé psychologique au travail : comprendre et agir sur les risques psychosociaux
Publié le 6 janvier 2026
La santé psychologique au travail n’est plus un enjeu individuel relevant uniquement de la capacité d’adaptation des personnes.
Elle est aujourd’hui reconnue comme un enjeu organisationnel, collectif et structurel, étroitement lié aux façons d’organiser le travail, de gérer les équipes et de prendre des décisions.
Les connaissances issues de la santé publique et de la recherche en santé mentale montrent que les atteintes à la santé psychologique sont rarement le fruit d’une fragilité personnelle. Elles émergent plutôt de conditions de travail inadéquates, persistantes ou mal régulées.
Comprendre les risques psychosociaux permet donc de mieux agir, en amont, sur ce qui fragilise les individus et les organisations.
Que sont les risques psychosociaux au travail?
Les risques psychosociaux (RPS) regroupent l’ensemble des facteurs liés à l’organisation du travail, aux relations professionnelles et au contexte social qui peuvent nuire à la santé psychologique.
Selon l’INSPQ, ils se structurent autour de six grandes dimensions reconnues par la recherche :
- les exigences psychologiques (charge de travail, pression temporelle, exigences émotionnelles)
- la latitude décisionnelle (autonomie, pouvoir d’agir, marge de manœuvre)
- le soutien social (collègues, gestionnaires)
- la reconnaissance du travail accompli
- la justice organisationnelle (équité, cohérence, transparence)
- la prévisibilité et la sécurité d’emploi
Ces facteurs deviennent problématiques lorsqu’ils s’additionnent et s’installent dans le temps.
Par exemple, une charge de travail qui semble raisonnable sur papier peut devenir difficilement soutenable lorsqu’elle s’accompagne de demandes urgentes constantes, d’interruptions fréquentes, d’objectifs flous ou d’un manque de reconnaissance.
Pause réflexive : dans votre milieu, lesquels de ces facteurs sont les plus présents au quotidien?
Pourquoi se préoccuper des risques psychosociaux?
Se préoccuper des risques psychosociaux, c’est d’abord prendre au sérieux les effets concrets du travail sur la santé.
Les recherches recensées par l’INSPQ établissent des liens clairs entre l’exposition aux RPS et :
- la détresse psychologique
- l’anxiété et les symptômes dépressifs
- l’épuisement professionnel
- l’absentéisme et le présentéisme
- la perte d’engagement et de sens
Dans les milieux communautaires et de services humains, ces effets sont souvent amplifiés. L’engagement envers la mission, la proximité avec la souffrance humaine et les ressources limitées créent un terrain où la fatigue émotionnelle peut s’installer rapidement si les conditions de travail ne soutiennent pas adéquatement les équipes.
Se préoccuper des risques psychosociaux, c’est permettre aux organisations de durer, humainement et collectivement.
Que change la loi 27?
La loi 27 modernise le régime québécois de santé et de sécurité du travail en reconnaissant explicitement que les risques psychosociaux sont des risques professionnels.
Concrètement, cela signifie que les milieux de travail doivent désormais :
- identifier les risques psychosociaux présents
- évaluer leurs effets potentiels sur la santé
- mettre en place des mesures de prévention adaptées
Ce changement marque un tournant important. La santé psychologique n’est plus uniquement abordée sous l’angle de la responsabilité individuelle. Elle devient une responsabilité organisationnelle, intégrée aux pratiques de gestion et de gouvernance.
Autrement dit, la prévention passe moins par « apprendre à mieux gérer son stress » que par revoir les façons de travailler ensemble.
Comment améliorer les risques psychosociaux au travail?
Améliorer la santé psychologique d’un milieu de travail ne repose pas sur une recette unique, mais sur une démarche progressive et collective.
1. Reconnaître et nommer les enjeux
Créer des espaces sécuritaires où les personnes peuvent exprimer leurs réalités permet de briser l’isolement et de mieux comprendre ce qui pose problème, sans culpabilisation.
2. Clarifier les rôles et les priorités
Des rôles clairs, des attentes réalistes et des priorités explicites réduisent fortement la charge mentale et les tensions internes.
3. Renforcer l’autonomie et le pouvoir d’agir
Offrir de la marge de manœuvre, impliquer les équipes dans les décisions et valoriser l’intelligence collective favorisent un sentiment de contrôle et de reconnaissance.
4. Soutenir les relations de travail
La prévention passe aussi par le développement de pratiques relationnelles saines : communication respectueuse, gestion des conflits, encadrement cohérent et leadership humain.
5. Ajuster les charges de travail
Réviser régulièrement les charges, les échéanciers et les ressources disponibles permet de prévenir l’usure avant qu’elle ne s’installe durablement.
Comment monitorer les risques psychosociaux?
Monitorer les risques psychosociaux ne signifie pas surveiller les individus. Il s’agit plutôt d’observer le fonctionnement global du milieu.
Parmi les pratiques utiles :
- sondages anonymes sur le climat de travail
- bilans collectifs périodiques
- analyse du roulement, de l’absentéisme et des conflits récurrents
- mécanismes clairs de rétroaction et d’amélioration continue
Ces outils permettent d’ajuster les pratiques au fil du temps et de soutenir une culture organisationnelle plus saine.
En conclusion
La santé psychologique au travail se construit dans les choix quotidiens, les relations et les structures organisationnelles. Les risques psychosociaux ne sont ni abstraits ni inévitables : ils sont le reflet de conditions sur lesquelles il est possible d’agir.
La loi 27 vient renforcer cette responsabilité collective. Elle invite les organisations à passer d’une logique de réparation à une logique de prévention, plus juste, plus durable et profondément humaine.
Prendre soin de la santé psychologique au travail, c’est prendre soin des personnes, mais aussi du sens et de la mission qui les rassemblent.
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