Intervenir en contexte interculturel — Centre St-Pierre

Article

Intervenir en contexte interculturel : et si on écrivait la suite ensemble? 

Par Vanusa Andrade, formatrice-accompagnatrice
Publié le 11 mars 2026

Cet article vous propose une incursion dans le théâtre-forum et l’interculturalité, tout en invitant à la réflexion.
Prenez place… et que le spectacle commence!

Vous assistez à une formation sur l’intervention interculturelle. La formatrice propose une expérience peu ordinaire : un théâtre-forum.

Ici, chaque personne présente est invitée à entrer dans l’action et à en transformer le cours. 

La scène s’ouvre.  

ACTE I : Qui suis-je? (La décentration)

D’un côté, Madame Lune, du groupe culturel « J’aime la nuit », cherche sécurité et tranquillité. Pour elle, la sécurité et la confiance sont essentielles. Elle cherche à préserver le calme autour d’elle et souhaite construire un abri pour protéger les siens. Quand ses enfants dorment, elle veille à ce que leur nuit soit paisible.  
  
De l’autre côté, Monsieur Soleil, du groupe culturel « J’aime le jour », veut du mouvement. Il valorise la liberté et la joie. Il cherche à nourrir l’élan et la vitalité autour de lui, et rêve de construire des voies de circulation pour faciliter les échanges. Quand ses enfants se lèvent, il veut éclairer leur journée.  
  
Madame Lune et Monsieur Soleil partagent le même espace, sans jamais s’être rencontrés. Chacun mobilise sa communauté : elle, pour renforcer la sécurité ; lui, pour favoriser le mouvement.   
  
C’est alors que leurs chemins se croisent.  

ACTE II : Qui es-tu? (La rencontre)

 Un beau jour, Madame Lune sollicite l’aide de Monsieur Soleil pour mobiliser la communauté afin de construire des abris. Il l’écoute, puis lui expose son propre projet : créer plus de circulation dans le quartier, car les gens sont isolés.  
  
Les deux explorent leurs perspectives, se questionnent. Ils explorent leurs cadres de références, mais, malgré leur bonne volonté, ils ne parviennent pas à s’entendre. Fatigués d’argumenter, ils sentent la tension monter. Les voix se durcissent, chacun s’impose. Le dialogue est rompu.  
  
C’est alors qu’une personne qui observait discrètement la conversation décide d’intervenir.   

Un cadre de référence naît de l’expérience vécue de l’individu dans son groupe d’appartenance. C’est un ensemble d’idées, d’opinions et de valeurs propres à un individu, ou à un groupe social, en fonction duquel l’individu donne un sens à ce qu’il fait, dit ou reçoit. 

ACTE III : Que voulons-nous, ensemble? (La négociation)

Vous êtes ce troisième personnage qui entre sur scène. Comment allez-vous jouer votre rôle?  
  
C’est vous qui écrirez ce dernier acte. Pour commencer, posez-vous les bonnes questions :  

Pourquoi intervenir? 

Est-ce pour offrir un regard extérieur, aider les protagonistes à clarifier leurs besoins et trouver une manière de collaborer? Les réponses peuvent être multiples.  

Comment intervenir?

Selon Margalit Cohen-Emerique, docteure en psychologie et experte en relations et communications interculturelles, cette intervention doit se faire en trois étapes :  
  
1) La décentration  
2) La rencontre  
3) La négociation  

Les deux premiers actes illustrent les étapes 1 et 2 de cette méthode.  
  
La fin de cette pièce vous appartient, car c’est à vous d’intervenir à l’étape 3 pour aider les deux personnages à trouver un terrain d’entente. L’objectif est de valider les identités de chacun·e et d’explorer leurs besoins essentiels afin de découvrir ce qui les unit et ce qui les motivera à travailler ensemble.  
  
À vous de jouer!  

Margalit Cohen-Emerique, née en 1932 à Tunis dans une famille juive tunisienne et décédée le 4 novembre 2024 à Paris, a consacré sa vie à l’étude de l’interculturalisme, façonnée par un parcours marqué par des milieux en transformation. Docteure en psychologie, elle a consacré sa thèse à l’acculturation des Juifs d’Afrique du Nord en France. Se définissant comme « le produit de la troisième génération d’acculturation apportée par la colonisation française », elle est devenue une pionnière de l’interculturalisme en France, en Europe et au Québec, où elle a contribué à la formation et à la recherche.