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C’est ici que les récits comptent
L'approche narrative comme levier d'action pour la transition socioécologique
Publié le jeudi 3 septembre 2026
On présente souvent la transition socioécologique comme une affaire de technologies, de comportements individuels ou de grands choix politiques. C’est vrai… mais c’est incomplet.
Sur le terrain, ce qui fait tenir une transition dans la durée, ce sont des communautés capables de se mettre en mouvement, de prendre soin des liens humains et de fabriquer des réponses locales à des enjeux concrets et communs. Autrement dit, la transition est aussi une question de développement des communautés.
Une approche ancrée dans le réel
Historiquement, le développement des communautés n’a jamais séparé les enjeux sociaux des conditions matérielles de la vie. Il s’est construit au contact d’expériences très concrètes : répondre collectivement à la pauvreté, à l’insécurité alimentaire ou à la crise du logement.
Renforcer la capacité d’agir locale, faire émerger des alliances, répondre aux urgences et réfléchir collectivement aux visions à long terme d’un territoire font partie des stratégies de l’approche du développement des communautés. Aujourd’hui, les crises écologique et sociale rendent cette articulation plus nécessaire que jamais. L’environnement et la justice du vivant ne sont pas des dossiers parmi d’autres : ce sont les cadres mêmes de nos existences.
Ce qui bloque : le récit dominant
Pourtant, malgré cette évidence, quelque chose se bloque souvent au moment de passer à l’action.
Le problème vient en partie du récit dominant, dans les médias comme en politique : un système présenté comme désastreux et sans espoir, des enjeux qui paraissent insurmontables, et, au bout du compte, une impression d’impuissance largement partagée.
D’autres histoires existent déjà
Or, sur le terrain, d’autres histoires se racontent déjà.
Dans plusieurs quartiers, des cuisines collectives mises en place pour répondre à l’insécurité alimentaire deviennent rapidement des espaces de rencontre et d’organisation. On y partage bien plus que des repas : on y tisse des liens, on y reprend confiance, et on y développe une capacité d’agir qui dépasse largement l’enjeu de départ.
On le voit aussi dans des initiatives de verdissement citoyen, comme des ruelles transformées ou des jardins collectifs. Ce qui commence comme un geste écologique devient un point d’ancrage pour le quartier, un lieu d’appropriation, de solidarité et de fierté.
Certes, ces initiatives ne règlent pas tout. Mais elles prouvent que l’action est possible, ici et maintenant, à notre échelle.
Le rôle des récits
Au Collectif des partenaires en développement des communautés, nous travaillons actuellement sur le projet Nouveaux narratifs : non pour enjoliver la réalité, mais pour provoquer l’action et nourrir le pouvoir d’agir.
Nous souhaitons rappeler aux citoyen·nes, aux élu·es comme aux travailleurs et travailleuses communautaires, nous rappeler à nous-mêmes, qu’il existe des prises concrètes sur la réalité. Et que le changement viendra en grande partie du terrain, de nous et de notre réalité, de ceux et celles qui connaissent les enjeux parce qu’ils les vivent. En réhabilitant cette capacité d’agir, nous réouvrons la transition comme un horizon possible, profondément collectif.
C’est ici que les récits comptent.
Pas les slogans, ni la communication « au-dessus » des gens, mais des récits alternatifs ancrés dans des expériences vécues, ancrés dans le réel. Des histoires qui fonctionnent, qui donnent envie et qui illustrent le passage du « je » au « nous ».
Des récits qui montrent que la transition est une reconquête de nos propres vies comme de notre condition d’être social et pensant : santé, liens, capacité d’agir, fierté collective, réenchantement.
Dans nos rencontres, nous voyons combien ces récits déplacent les conversations : on quitte les abstractions pour revenir à ce qui est tangible, proche et partageable.
Une transition profondément collective
Le développement des communautés rappelle une évidence trop souvent oubliée : la transition socioécologique n’advient pas seulement par des décisions venues d’en haut. Elle prend forme par des relations, dans les organisations et dans les apprentissages collectifs. Elle advient lorsque des personnes se reconnaissent dans une histoire commune et se sentent légitimes d’y prendre part.
Rendre visibles ces récits, c’est déjà faire de la transition. C’est ouvrir un chemin praticable, transformer le regard sur le réel et construire une histoire dans laquelle il devient possible d’agir, concrètement et collectivement.