Article
Gouvernance inclusive : pour une participation pleine et entière
Publié le 29 janvier 2026
La gouvernance dans les organismes communautaires
Dans les organismes communautaires, la gouvernance n’est jamais neutre. Elle doit permettre que chaque voix soit entendue, qu’il s’agisse de jeunes siégeant dans des conseils d’administration d’organismes jeunesse, de personnes à mobilité réduite dans des organismes en équité ou encore de membres issus d’autres groupes marginalisés. Cet enjeu ne concerne toutefois pas uniquement ces types d’organismes : toute structure doit veiller à représenter pleinement les intérêts de ses membres. C’est dans cette perspective que les principes d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) prennent tout leur sens, en s’assurant que toutes les voix soient réellement prises en compte dans les processus décisionnels.
Au sein des organismes communautaires, la gouvernance renvoie aux processus décisionnels à l’échelle stratégique, soit les relations entre l’assemblée générale des membres, le conseil d’administration et la direction ou l’équipe de coordination.
Une gouvernance démocratique ancrée dans le milieu
Ancrés dans leur milieu, les organismes d’action communautaire mettent en œuvre des pratiques démocratiques où chaque membre votant dispose d’un droit de vote égal, peu importe sa contribution financière. La gouvernance démocratique implique également la responsabilité et l’imputabilité des instances (assemblée générale, conseil d’administration, équipe de gestion), de même que l’adoption de pratiques et de politiques fondées sur la transparence (TIESS, 2024).
Autonomie et participation des membres
Parmi les huit critères définissant l’action communautaire autonome, l’un stipule que les organismes doivent pouvoir « déterminer librement leur mission, leurs approches, leurs pratiques et leurs orientations » (RQ-ACA, 2023). Cette autonomie repose sur une gouvernance enracinée dans la communauté et sur une participation réelle des membres aux réflexions stratégiques. Consulter les membres ou les personnes utilisatrices lors des processus décisionnels contribue à leur autonomisation et renforce leur rôle actif dans la vie de l’organisme.
Quand l’EDI enrichit la gouvernance démocratique
C’est ici que les pratiques EDI viennent enrichir la gouvernance démocratique. En favorisant l’inclusion de personnes historiquement marginalisées (qu’il s’agisse de personnes racisées, autochtones, en situation de handicap, issues de l’immigration, LGBTQ2E+, neurodivergentes ou appartenant à d’autres groupes minorisés), les démarches EDI visent à redistribuer le pouvoir et à créer des espaces décisionnels réellement représentatifs.
Inclure ces personnes dans les processus démocratiques ne signifie pas seulement leur donner la parole. Il s’agit de reconnaitre leur capacité d’agir, leur légitimité et leur droit d’influencer les orientations des organismes, tout en contribuant à briser l’isolement. Pour s’impliquer dans un tel projet collectif, encore faut-il pouvoir s’y reconnaitre, croire que c’est possible et sentir que sa place est légitime.
Démystifier la gouvernance pour élargir la participation
Or, pour plusieurs personnes, la gouvernance demeure associée à l’idée de diriger ou de contrôler, un rôle qu’elles estiment ne pas avoir les compétences ou le « profil » pour exercer. Pourtant, la gouvernance devrait s’apparenter à une posture de bienveillance envers les membres, l’équipe de travail, la mission et l’avenir de l’organisation. Cette méconnaissance nous prive de personnes aux parcours riches et pertinents pour les conseils d’administration. Elle doit être contrée par une éducation continue à la vie démocratique, transmise au quotidien.
Recruter pour le conseil d’administration constitue d’ailleurs un moment charnière pour traduire concrètement ces principes en action. Trop souvent, le recrutement repose sur des réseaux restreints ou sur une conception implicite du « bon profil », ce qui tend à reproduire les mêmes dynamiques et à exclure des personnes pourtant porteuses d’expériences et de points de vue essentiels. Repenser le recrutement du conseil d’administration à la lumière des principes EDI, c’est élargir le bassin de candidatures, lever des barrières symboliques et créer des conditions favorables à une participation réellement inclusive et représentative.
Des questions pour faire évoluer nos pratiques
Pour amorcer ou approfondir une démarche d’inclusion dans vos organisations, voici quelques questions essentielles :
- Comment assurer, collectivement, une participation équitable à la vie démocratique des organismes?
- Quels mécanismes peuvent favoriser l’inclusion dans les instances de gouvernance?
- Peut-on appliquer les principes EDI lors de la sélection des membres des conseils d’administration?
- Quelles mesures concrètes peuvent être mises en place pour permettre à toutes les personnes utilisatrices, quelles que soient leurs réalités, de faire entendre leur voix — malgré les barrières légales, structurelles ou symboliques?
- Comment pouvons-nous mieux démystifier et transmettre les mécanismes de notre vie démocratique?
En prenant le temps de réfléchir à ces questions, les organismes communautaires peuvent réaffirmer leur engagement à être des lieux de justice sociale vivante, où la démocratie ne se limite pas à un principe, mais devient une pratique transformative, accessible et inclusive.