Action communautaire autonome et mobilisation — Centre St-Pierre

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Action communautaire autonome au Québec : un réseau sous pression qui se mobilise

Par Julie Boyer, Didier Maletto-Rock et Manuel Soto, équipe du Soutien aux organisations
Publié le 20 octobre 2026

Au moment de cet entretien, en avril 2026, le milieu communautaire traverse une période charnière. Le financement y est de plus en plus précaire et insuffisant, alors même que le réseau se mobilise avec une force inédite pour réclamer une reconnaissance à la hauteur de sa contribution sociale. Portée notamment par le mouvement « Le communautaire à boutte », cette mobilisation appelle un traitement équitable et un investissement durable dans les organismes qui soutiennent les communautés partout au Québec.

Pour en discuter, nous avons échangé avec Tristan Ouimet Savard, responsable des dossiers politiques au Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA).

Centre St-Pierre : Quel est le rôle du RQ-ACA et comment se démarque-t-il des autres organisations?

Tristan Ouimet Savard : Étant donné notre position dans l’écosystème communautaire, on est le seul espace qui rassemble presque tous les autres regroupements. Notre posture est donc celle d’une grande table autour de laquelle on retrouve des organisations (regroupements) qui ont leurs propres tables, avec un paquet d’autres groupes. Bref, on est un regroupement de regroupements. Nous avons, autour de la table, l’ensemble de ce qu’on appelle les secteurs (itinérance, éducation, jeunesse, immigration, etc.). Le communautaire est vaste et bien diversifié. Au RQ-ACA, les gens qui sont assis autour de la table pour échanger de l’information et des stratégies, et pour se mobiliser ensemble, sont tout aussi divers. Nous ratissons très large, ce qui permet un grand potentiel, mais qui peut également amener certains défis. La convergence n’est pas simple. Par exemple, le financement est rattaché à plus d’une dizaine de ministères. Le défi réside là et, le RQ-ACA, c’est un peu ça, son rôle : de voir que ça brûle, de partager des informations névralgiques et de mettre en place un contre-pouvoir, en ayant la capacité d’avoir une analyse des enjeux complexes et une approche globale.

Quel est le portrait actuel de l’action communautaire autonome au Québec en matière de politique?

Tristan Ouimet Savard : Ce n’est pas facile de tirer une ligne rouge qui serait définitive, mais trois éléments me viennent en tête. Tout d’abord, en ce moment (avril 2026), c’est vraiment un bouillonnement que nous connaissons, un regain de la mobilisation assez impressionnant dans le contexte actuel. Il s’inscrit dans une conjoncture plus large que l’on pourrait qualifier de fragilisation du filet social, mais aussi de l’érosion de l’État de droit, qui comprend un affaiblissement des contre-pouvoirs. Le deuxième élément, c’est que des attaques frontales ont lieu un peu partout en Occident. Une classe politique cherche à centraliser les pouvoirs, puis à remettre en question le paradigme social-démocrate de base qui, si l’on recule un peu, est basé sur le respect des droits de la personne. Finalement, le dernier élément, c’est un contexte difficile de sous-financement du communautaire qui pèse très lourd malgré les réinvestissements effectués dans les cinq dernières années. Force est de constater que ce n’est pas suffisant.

Quels sont les prochains défis et priorités du RQ-ACA?

Tristan Ouimet Savard : La priorité immédiate, c’est l’entrée en poste de la prochaine personne à la tête de l’État. Nous devons maintenir la pression pour obtenir une partie du fonds discrétionnaire que le budget réserve au prochain chef ou à la prochaine cheffe du gouvernement, pour répondre aux besoins et au ras le bol des groupes communautaires. Ensuite, la deuxième priorité sera d’avoir des engagements fermes afin de mettre en place une table de négociation, qui permettra de poursuivre les demandes de financements afin de répondre aux besoins de 6 M$ pour le communautaire.

Comment perçois-tu le mouvement « Le communautaire à boutte »?

Tristan Ouimet Savard : On ne peut que saluer et apprécier un mouvement citoyen et communautaire qui se lève puis qui s’organise. Si l’on revient à l’essence même de ce qu’est l’action communautaire autonome, c’est du « par, pour et avec ». C’est l’autonomie, c’est du grassroot. Un moment fort de changement social est en train de se produire et il s’explique de plusieurs façons, mais on ne saura jamais avec exactitude pourquoi ça se passe maintenant. Je pense qu’il faut le prendre avec humilité, car on poursuit toujours le même objectif, soit une meilleure reconnaissance de l’action communautaire autonome. Le mouvement « Le communautaire à boutte » prend un chemin éminemment axé sur les conditions de travail, ce que l’on avait commencé à travers la dernière phase de la campagne « Engagez-vous pour le communautaire ». Le RQ-ACA l’a vu comme un « WOW », puis on s’est dit : il faut en être allié. Nous devons appuyer le mouvement et souffler sur ses braises. C’est un mouvement qui est légitime, qui part de la base et qui porte des préoccupations que nous portons dans nos mémoires prébudgétaires et dans toutes les campagnes pour le financement qu’on mène. Cette alliance avec le RQ-ACA est de bon augure pour que le mouvement s’élargisse à différentes instances, tout en reconnaissant l’impulsion des groupes de base. 

En bref : Qu’est-ce que l’action communautaire autonome?

L’action communautaire autonome (ACA) est un mouvement québécois formé d’organismes à but non lucratif créés à l’initiative des citoyennes et citoyens pour répondre aux besoins de leur communauté et favoriser la transformation sociale. Un organisme d’action communautaire autonome est enraciné dans son milieu, dirigé par un conseil d’administration indépendant du réseau public et libre de déterminer sa mission, ses orientations et ses pratiques. Il privilégie la participation citoyenne, une approche globale des enjeux et des actions collectives visant à améliorer les conditions de vie. Au Québec, le mouvement regroupe plus de 4 500 organismes d’ACA, mobilise environ 54 000 personnes travailleuses et près de 425 000 bénévoles.

L’action communautaire désigne l’ensemble des initiatives collectives menées par des organismes à but non lucratif pour répondre aux besoins de leur communauté et améliorer les conditions de vie. L’action communautaire autonome est un courant particulier de l’action communautaire : il est issu de l’initiative citoyenne, privilégie la transformation sociale et conserve une indépendance face au réseau public.

Un organisme d’ACA doit être à but non lucratif, enraciné dans sa communauté, démocratique et libre de déterminer sa mission, ses pratiques et ses orientations. Il doit aussi avoir été créé à l’initiative de personnes de la communauté, poursuivre une mission de transformation sociale, adopter des pratiques citoyennes et globales, et être dirigé par un conseil d’administration indépendant du réseau public.

Oui. Même s’ils peuvent recevoir du financement public, les organismes d’action communautaire autonome ne sont pas contrôlés par le réseau public. Ils déterminent eux-mêmes leur mission, leurs priorités, leurs approches et leurs prises de position, notamment par l’entremise d’un conseil d’administration indépendant.

L’ACA repose notamment sur les valeurs de solidarité, de démocratie, d’équité, d’autonomie et de justice sociale. Ces valeurs se traduisent par la participation des personnes concernées, le respect des réalités locales et la volonté de s’attaquer aux causes des problèmes sociaux, et non seulement à leurs conséquences.